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Sculpture de canot : Un art ancien et vénéré
Presque partout où nos yeux se posent, sur les territoires traditionnels des peuples autochtones du Canada, on voit de l'eau : une rivière, un ruisseau, un lac ou un océan. Autrefois, ces cours d'eau servaient de routes et d'autoroutes; ils permettaient, efficacement, de se déplacer d'un village à l'autre pour faire du commerce ou assister à des rassemblements sociaux.
Avec les ressources à leur disposition, les peuples autochtones ont conçu une embarcation leur permettant de se déplacer sur les voies navigables de leurs territoires.
Ainsi, la Première nation Squamish, peuple de la côte ouest de la Colombie-Britannique, sculptait jusqu'à sept types de canots dont certains assez gros (jusqu'à 18 mètres ou 60 pieds de longueur) et assez solides pour braver les eaux océaniques turbulentes de Howe Sound et du Détroit de Georgia.
Traditionnellement, les petits canots de course servaient à intercepter les tribus envahissantes. Les embarcations simples, doubles, à six ou à 11 personnes, étaient conçues de façon étroite pour accélérer les manœuvres.
Le matériau utilisé dans la fabrication d'un canot variait en fonction de la géographie et des ressources disponibles sur place. Les Premières nations de la côte Ouest, par exemple, utilisaient le cèdre rouge. À l'époque, cette ressource abondait sur la côte de la Colombie-Britannique et ces arbres étaient assez gros pour sculpter les canots plus gros, conçus pour naviguer sur les eaux océaniques.
L'arrière et la proue des plus gros canots des peuples squamish, conçus pour naviguer en haute mer, étaient hauts et solides. Appelés « Kxwu7lh » (keh-ugh-owe-thl), ces canots mesuraient entre 14 et 18 mètres (de 45 à 60 pieds) de longueur et de 1,5 mètre à 2 mètres (de 5 à 6 pieds) de largeur. L'arrière des plus petites embarcations, appelées « Nexws Chá7ul » (chah-ch-owe), se distinguait par sa forme droite et sa voûte saillante. Autrefois, on utilisait ces canots pour la chasse aux phoques, la pêche et pour tout usage personnel.
Les embarcations utilisées sur les cours d'eau intérieurs, comme les canots à proue plate ou les canots de rivière, étaient plus profilés pour manœuvrer plus facilement dans les nombreuses rivières et les nombreux ruisseaux du pays. Les femmes autochtones utilisaient souvent les embarcations compactes, légères, conçues pour une ou deux personnes, pour la pêche aux crustacés ou aux mollusques et pour naviguer dans les marécages, à la cueillette de plantes, de baies ou de plantes médicinales.
La Première nation Lil'wat, un peuple qui vivait sur les terres de la Colombie-Britannique, construisait trois types de « T'laoz s ku stswaw cw » (canots de rivières). Ces canots étaient larges et stables et servaient au transport du gibier et des biens. On utilisait des canots plus larges sur les lacs agités, et un type plus petit et plus profilé, pour les voyages.
Traditionnellement, on fabriquait les canots lil'wat avec du peuplier et des épinettes de Sitka, toutefois le cèdre rouge était largement privilégié.
Autrefois, si un arbre tombé par la force du vent n'était pas assez gros pour fabriquer un canot, les artisans lil'wat faisaient tomber un arbre en utilisant un coin d'abattage en bois dur ou un type de pierre verte qu'on trouvait seulement à quelques endroits près de Mount Currie. Ils utilisaient les coins d'abattage pour couper la base de l'arbre avant de brûler le tronc avec des pierres chaudes.
La meilleure section du bois était destinée à la fabrication de la partie inférieure du bateau. Les artisans retiraient l'écorce et ébarbaient le bois vert avant de déterminer la longueur du canot final et de brûler le reste du tronc. On empilait sur le tronc les parties retirées puis on les brûlait afin de créer un creux le long de la partie supérieure. On brûlait, puis on grattait le creux avec un coin d'abattage et un marteau de granite, jusqu'à ce que le canot prenne forme.
L'extérieur de l'embarcation était poli puis fumé à l'aide de résine de bois de sapin. Des pierres chaudes et des têtes de saumons étaient placées dans le creux à demi rempli d'eau. L'huile de saumon s'imprégnait dans le bois, «l'assaisonnant » avant que les artisans installent de petites tiges entre les plats-bords du bateau et recouvrent solidement le dessus. La vapeur et la pression des tiges formaient le canot, en forçant les plats-bords.
Les canots, vieux ou nouveaux, ont une durée de vie de 200 ans, ou plus si l'on applique régulièrement une couche de peinture. Autrefois, les plus grosses embarcations, ou celles qui se distinguaient le plus, avaient beaucoup de valeur et s'offraient souvent en cadeau.
Les Premières nations des régions côtières utilisaient un bois extensif dans la fabrication de certains de ses canots, surtout pour les plus gros, destinés aux déplacements en haute mer. Le peuple squamish a découvert une façon de couper des plaques de cèdre sans faire tomber les arbres. Ils trouvaient un cèdre légèrement penché et coupaient son tronc à moitié. Ils introduisaient du bois d'if ou des coins d'abattage, faits en bois de cerf, dans la partie la plus profonde de la fente, de chaque côté du tronc. Ainsi, le poids du tronc penché, du côté qui n'était pas coupé, et la force des coins d'abattage, fendait l'arbre; la partie coupée tombait au sol et la partie amincie restait enraciné dans la terre.
Habituellement, les plus gros canots étaient construits à l'endroit où les arbres étaient coupés; les artisans travaillaient souvent du lever au coucher du soleil, et généralement, terminaient la fabrication du canot en un mois. Apparemment, le bois utilisé pour sculpter contient sa propre force. Lorsque le sculpteur entaille la matière, il prend cette force.
Aujourd'hui, il y a une recrudescence de l'intérêt des peuples autochtones pour la fabrication des canots et les courses de canots. De plus, on utilise davantage ces embarcations, minutieusement sculptées, pour accéder à des lieux de pêche et de chasse et visiter les communautés autochtones voisines.


